Témoignage de Philippe, encadrant sur la Petite Ceinture de Paris le 22 juin 202622 juin 2026 par Marylene « Chaque chose que j’apporte aux personnes que j’encadre est une victoire » Philippe exerce un des métiers clés chez Espaces, encadrant technique sur un chantier d’insertion : un travail où il faut allier de très bonnes connaissances techniques et des qualités humaines permettant d’accompagner chacun·e dans son parcours d’insertion, quel qu’il soit.En filigrane du témoignage de Philippe, on découvre ce rôle clé pour les salarié·es qu’Espaces accompagne. Encadrer pour aller vers l’avenir Depuis octobre 2017, Philippe a dû accompagner une centaine de personnes dans leur parcours d’insertion. Il est encadrant sur un chantier d’insertion bien connu : celui de la Petite Ceinture de Paris. Cette équipe entretient en effet, depuis 20 ans, le tronçon du 14 et 15e arrondissement. Ce site assez atypique est devenu un véritable corridor écologique, grâce à l’intervention raisonnée des équipes d’entretien, qui veillent à la préservation et au développement de sa biodiversité. Les personnes qui y travaillent sont formées au métier d’agent d’environnement, et se spécialisent dans la gestion différenciée des espaces verts et naturels. Une pratique écologique de gestion de la nature en ville qui est de plus en plus plébiscitée par les collectivités et entreprises… un métier d’avenir auquel Philippe forme ses équipes avec exigence et persévérance depuis bientôt 9 ans. « Ma motivation principale c’est le taux de sortie positive, c’est-à-dire la réussite des parcours, qui aboutissent à un emploi durable pour les personnes qu’on a accompagnées.Ce que j’aime, c’est aider les gens, tous, et sans préjugés. » En effet, avant la formation à un métier, c’est tout un cadre de travail qu’il faut apporter aux personnes en tant qu’encadrant. Pour Philippe, les qualités indispensables de ce métier relèvent d’un savant équilibre entre bienveillance et empathie, patience et persévérance. « Il faut surtout savoir être juste. » Découvrir une vocation pour un métier profondément humain Ancien jardinier, déçu du métier tel qu’il l’a pratiqué dans les « boîtes privées et de façon conventionnelle », Philippe a connu une vie foisonnante, des métiers qui ont abîmé son corps, avant de choisir un métier qui ressemble pour lui à une vocation. Après une expérience en tant que casque bleu au Liban, il travaille plusieurs années dans le fret ; mais suite à un licenciement, et sans diplôme, il doit repartir à zéro. Il travaille alors dans un ESAT quelques mois en vue d’obtenir un diplôme ; il y découvre quelque chose qui résonne en lui. « J’ai touché du doigt le handicap en ESAT, j’ai tout de suite su que c’était ça que je voulais faire ! »« J’adore transmettre, fédérer. Les parcours de vie des salarié·es sont tellement durs que chaque chose que je leur apporte c’est une victoire.Peut-être que je rattrape avec eux ce que je n’ai pas eu pour moi dans la vie. » Philippe confie une enfance difficile, après quoi il lui a fallu des années pour avoir confiance en lui. « Aujourd’hui, je sais que je fais bien mon métier, je sais ce que j’apporte aux autres, ce qui marche. »Au-delà d’une excellente connaissance de son métier et d’une persévérance à toute épreuve, c’est une foi en l’humain et une volonté de contribuer à une société plus juste qui l’animent. Donner un cadre et un esprit d’équipe pour chasser la souffrance « Je crois en l’humain. Aider autour de soi, dans son premier cercle, c’est la seule chose que je puisse faire. Et je suis aussi exigent avec les autres qu’avec moi-même. »« Pourtant, travailler avec des salarié·es handicapé·es en ESAT, ou des personnes en parcours d’insertion, avec des difficultés, m’a appris à modérer mon propos. » Attentif au bien-être et à la réussite des personnes dans son équipe, Philippe donne beaucoup pour leur offrir dès le démarrage un cadre de travail et donc de vie. Vigilent à leur souffrance, et aux relations entre elles et eux, il a compris (et fait comprendre) que plus on travaille en équipe et en harmonie, plus le travail est facile, et on gagne du temps pour ensuite être disponible pour d’autres problématiques que rencontrent les personnes. « Je ne laisse rien en souffrance : je vois un problème le matin, en général, il est réglé à midi. Et parfois, bien sûr j’appelle au secours mes collègues. »« Je dis aux équipes, voici le cadre que je fixe, mais c’est vous qui être maître de votre destin dans ce cadre. Je ne peux pas vous obliger, mais je vais vous montrer, et vous donner beaucoup. » Le conseil que Philippe donne à chaque nouvelle personne dans son équipe : être à l’heure, « c’est une règle de base, la ponctualité. Mais aussi, venir me parler s’il y a la moindre chose, pour que je puisse les aider. Je tiens aussi à l’esprit d’équipe. »Force est de constater que cette vision de son métier le porte, et porte ses fruits. Petites et grandes victoires dans les parcours d’insertion Parmi les personnes qu’il a croisées et accompagnées, de nombreux·ses salarié·es l’ont marqué·es : des rencontres et des réussites qui contribuent à donner beaucoup de sens à son métier. Il se souvient avec émotion d’une jeune femme photographe, atteinte d’une pathologie qui lui faisait perdre la vue. « Après son parcours à nos côtés, elle a pu passer un CAP Espaces verts à l’école Du Breuil, dont elle est sortie major de promo. Aujourd’hui, elle travaille pour la Ville de Paris en tant qu’agent de maîtrise. »Quand on lui demande comment il accueille et gère les histoires difficiles dont il est témoin, il évoque son enfance et son expérience de guerre : « ça me fait relativiser sur les difficultés de la vie. Les parcours de vie des salarié·es sont tellement durs que chaque chose que j’apporte est une victoire. » Pourtant, les obstacles dans les parcours d’insertion sont nombreux, ce sont l’encadrant·e et le·la Conseiller·ère en insertion socio-professionnelle qui les affrontent avec le·la salarié·e :D’après Philippe, les principaux obstacles sont l’addiction et les problèmes de logement. Le niveau en langue française est aussi un frein (que l’association peut lever grâce aux cours de FLE). C’est en s’appuyant sur l’équipe, en appelant à l’aide parfois, et avec beaucoup de persévérance et d’exigence que l’encadrant dépasse avec les salarié·es ces obstacles, et même ses propres doutes. « Il n’y a pas de secret, la première fois que j’ai travaillé en ESAT avec des personnes handicapées, je n’ai pas dormi. Mais quand j’ai vu le potentiel, l’humour, les personnalités de chacun·e, tous mes doutes se sont envolés. » C’est certainement le secret de cet exigent métier d’encadrant : se nourrir du potentiel des personnes accompagnées pour dépasser les obstacles et les doutes. @Dimtry_Kostyukov_NY_Times Découvrir l’article du New York TimesParis Turns ‘Little Belt’ of Train Tracks Into Green Spaces – The New York Times