Une activité pour se remettre le pied à l’étrier le 13 octobre 202613 octobre 2026 par Marylene Pour lutter contre l’exclusion, avec un retour progressif à l’emploi, auprès des chevaux, le dispositif Premières Heures a tissé un partenariat porteur avec l’Association Centre Equestre de Gennevilliers. Parmi les dispositifs qu’Espaces adresse aux personnes les plus isolées, DPH 92 (dispositif Premières Heures dans les Hauts-de-Seine) permet un retour à l’emploi progressif (dès 4 heures de travail par semaine), accompagné d’un suivi spécifique adapté aux problématiques des personnes les plus exclues, souvent en sortie de parcours de rue ou travailleuses du sexe, parfois sujettes aux addictions. Après une période de grand isolement ou de violences, les personnes accompagnées doivent se reconstruire dans un environnement propice. Une partie du dispositif Premières Heures se déroule à l’ACEG (association du centre équestre de Gennevilliers), un centre de médiation équine : un contexte qui s’adapte particulièrement bien aux personnes que nos équipes rencontrent lors de maraudes. Florent, éducateur socio-professionnel du DPH 92 suit les personnes à la rencontre desquelles il est allé lors de maraudes. Il confie : « on est un incubateur de rêves pour les bénéficiaires du dispositif ». Le contact avec l’animal, les tâches en plein air, et l’environnement serein, permettent une reprise d’activité et de confiance qui fait ses preuves. Après un peu plus d’un an de partenariat avec le lieu, 5 personnes ont fait une sortie positive vers un emploi stable. Ici, il est plus facile pour eux de se remobiliser : le site est accessible (près des transports en commun), il y a des perspectives d’évolution – vers le métier de palefrenier-soigneur -, et l’ACEG fait partie d’un maillage sur le territoire, avec de nombreux acteurs sociaux qui vont pouvoir accompagner les bénéficiaires dans la résolution de leurs problématiques (santé, hébergement et logement, administratif…) « On ne leur demande pas ce qu’ils peuvent, mais ce qu’ils veulent faire. Et ça change tout.Les personnes que l’on accueille veulent pouvoir faire leurs preuves, montrer qu’elles sont capables, pour autant, il est important de leur proposer des choses qui les motivent et leur font du bien. C’est là que le lien avec l’animal est fondamental. » explique Florent. Florent, éducateur socio-professionnel, à l’ACEG lors d’une permanence Un contact thérapeutique avec l’animal Ce lien thérapeutique est l’objectif de l’ACEG qui réalise de la médiation équine, avec des animaux eux-mêmes sauvés de situations de souffrance. Les chevaux sont éduqués pour interagir avec des personnes fragiles. Pour celles qui ont perdu foi en l’humain après des périodes violentes d’exclusion, le contact avec les chevaux est thérapeutique. Le fondateur du lieu est d’ailleurs issu de l’équithérapie, qu’il propose par ailleurs aux enfants atteints de troubles autistiques. « Nous constatons que ce travail avec les animaux permet un retour vers l’activité et l’estime de soi, pour les profils variés que nous accompagnons. C’est un peu une « rainbow team » où sont accueillies également des personnes trans. » Florent maraude au Bois de Boulogne pour aller à la rencontre des personnes qui ont besoin de sortir de la précarité. Il effectue ces maraudes avec l’entremise d’une association de santé (Santé Précarité, groupe Altaïr). « Quand on les rencontre, on leur propose une alternative, je leur laisse ma carte et ce sont eux qui me recontactent s’ils sont volontaires, ce qui est très souvent le cas. Après ce premier signe de mobilisation et de motivation, on leur met rapidement « le pied à l’étrier » ! ». La technique du « rétablissement » pour autonomiser les personnes en retour à l’emploi Dans le cadre de cette reprise d’activité, les équipes adoptent la technique particulière appelée « le rétablissement » : une approche globale pour autonomiser les personnes dans leur suivi à long terme. « On ne gère pas tout, on les implique dans leurs démarches, on les oriente aussi vers d’autres acteurs sociaux. C’est une approche qui fonctionne très bien car on évite le lien de dépendance des bénéficiaires vis-à-vis de l’équipe… ce lien est dangereux car il faut qu’ils retrouvent l’autonomie pour évoluer après le dispositif. » L’objectif de base du DPH, notamment avec les personnes sans-abris, est de débloquer un travail pour bénéficier d’un hébergement (en Foyer Jeune Travailleur, en Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale…). Ça créé un élan, un espoir fort. D’autant que les bénéficiaires sont là par souhait. Se tisse un lien de confiance et de réciprocité avec l’éducateur socio-professionnel : « ils savent que je suis là pour leur bien » confie Florent, dont les expériences de vie lui permettent de bien comprendre les personnes qu’il accompagne. DPH 92, dispositif de retour à l’emploi dans les Hauts –de-Seine, s’adaptant à des cas fragiles Ce dispositif d’Espaces permet d’accompagner des personnes auprès de différents employeurs extérieurs, dont les conditions de travail, les activités et l’encadrement, sont propices au retour progressif à l’emploi de personnes isolées. L’ACEG est l’un des lieux où ils sont accueillis, il s’adapte particulièrement bien aux sorties de parcours de rue, aux personnes trans ou travailleuses du sexe. Outre la reprise d’activité, et l’accompagnement (par un éducateur, une conseillère d’insertion, mais également pour les allophones, par une professeure de français), les bénéficiaires en reconquête de confiance et d’estime de soi peuvent profiter de la médiation équine. les femmes sont également accueillie dans une « safe place » sur l’Ile St-Germain, un environnement protecteur et formateur. Ils sont également accueillis à la Ressourcerie d’Espaces –la P’tite Boutique – pour s’habiller, se constituer une garde-robe. Une reprise progressive du travail pour apprendre le métier de palefrenier soigneur A l’ACEG, au cœur d’un espace boisé (le Parc des Sévines), les bénéficiaires viennent rencontrer leur éducateur (lors de permanences) pour effectuer des démarches, et ils viennent travailler, en premier lieu 4 heures par semaine, puis plus dès qu’ils le peuvent – jusqu’à 16 heures par semaine. Avec une équipe encadrante, suivant l’approche « rétablissement », les activités consistent à prendre soin des chevaux : inspection matinale, alimentation, sorties en plein air, curage, nettoyage des box… Ils acquièrent les 7 compétences attendues du métier de palefrenier soigneur qu’ils pourront exercer à leur sortie s’ils le souhaitent. Les aspects physiques de ce travail restent assez accessibles, quelle que soit la condition physique des bénéficiaires : les tâches sont peu répétitives, en plein air, et la relation qui se tisse avec les animaux, la reconnaissance dont ils font preuve, sont très enthousiasmants. Cela compense un éventuel déficit physique (fragilité, handicap, fatigue…) chez certains. Alejandro est un exemple de parcours réussi, pour lequel le lien exceptionnel avec l’animal a été salvateur. Cet « enfant du canal » a vécu un violent parcours de rue, entre prostitution et consommation de stupéfiants. Arrivé dans le DPH il y a plusieurs mois, il s’est très rapidement épanoui au contact des chevaux. La compréhension mutuelle entre le garçon et l’animal a été le terreau d’une renaissance à la vie. Aujourd’hui, Alejandro a évolué et poursuit sont parcours auprès de l’ACEG. Nous partirons à sa rencontre, et à celle d’autres bénéficiaires prochainement pour des témoignages et des portraits. A suivre !