Sortir d’un parcours de rue : comment le dispositif PHC accompagne les personnes les plus précaires dans un retour vers l’emploi le 17 juillet 202617 juillet 2026 par Marylene Le témoignage de Michel, salarié accompagné dans le dispositif Premières Heures en Chantier à CultiCime. Depuis bientôt un an, le chantier d’insertion CultiCime accueille de nouveaux salariés avec un accompagnement spécifique : le dispositif Premières Heures en Chantier. Une filière de culture de plantes aromatiques à parfums et médicinales a été mise en route pour permettre à des personnes de reprendre leur chemin vers l’emploi, avec une montée progressive en heures de travail, et des aides spécifiques en terme de santé, logement, administratif… pour lever tous les freins à l’emploi. Encadrées par une éducatrice socio-professionnelle, et toute une équipe, les personnes en grande précarité, souvent en parcours de rue, trouvent ici un lieu et une activité pour redémarrer et redevenir moteur de leur vie. Parmi eux, Michel a réalisé un parcours exemplaire, après une période de grande exclusion. Il témoigne de son expérience à quelques semaines d’un nouveau départ. En commençant à travailler à nos côtés sur CultiCime en dispositif PHC, quelques heures par semaine, Michel a été accompagné activement dans des démarches d’hébergement et de santé : deux prérequis avant de reprendre le chemin du travail. Il est rapidement monté en heures et travaille désormais 20 heures par semaine à la récolte des plantes, leur séchage, émondage et mise en sachets pour la vente. « Moi j’aime bien ce travail. C’est la première fois que je m’occupe de jardin. Avant, j’étais menuisier – c’est ce que je voulais faire quand j’étais jeune. Puis j’ai fait de la manutention. J’aimais bien car c’était un travail à la chaîne, mais aussi très polyvalent. J’ai aimé car je maîtrisais bien. » Les tâches à effectuer ici sont plus restreintes, mais j’aime le travail en équipe, et le cadre. J’ai une RQTH (reconnaissance en qualité de travailleur handicapé) : on a de la chance en France d’avoir des structures qui s’adaptent à nos capacités. » PHC, un dispositif qui s’adapte aux situations de grande précarité pour un retour à l’emploi progressif. PHC est un dispositif justement pensé pour s’adapter aux personnes, à leur état et leurs capacités du moment. En partenariat avec Convergence Seine-Saint-Denis, l’équipe les accompagne pour stabiliser leur situation personnelle ; les tâches à accomplir tout comme le volume horaire sont adaptés, pour une reprise progressive et durable du travail. « C’est important, confie Michel. Déjà à la Mdph quand j’ai été reconnu pour mon handicap, c’est que je ne pouvais pas être en capacité de tenir le rythme. Ça n’a pas de sens de nous faire faire des choses que l’on ne peut pas réussir. C’est à la société de s’adapter. On peut faire beaucoup, il faut simplement un cadre adapté. J’ai déjà travaillé avec des sourds-muets, et tous types de handicaps, trisomie 21 etc. ils captent et sont talentueux. » Le travail avec les autres est important pour Michel, qui s’est rapidement épanoui à CultiCime, auprès des encadrants et autres salariés du chantier d’insertion, bien qu’ils n’aient pas le même rythme et les mêmes missions. « C’est comme si j’avais deux équipes : celle de CultiCime, et celle de PHC. Parfois on se croise, on s’aide. On travaille tous pour la même association, le même but. J’ai besoin de ça ! On se voit sur la toiture, ou à la base vie, on discute… » Michel qui avoue en riant que PHC « c’est un peu le Club Med ! », évoquant le confort qu’il ressent à rejoindre chaque jour les locaux de l’association et les jardins : après un parcours de rue, c’est en fait une renaissance pour lui. « En venant à CultiCime, j’ai été étonné d’être pris en main sur l’administratif et tout ça. Je m’attendais à travailler en maraîchage, mais pas de là à être aussi encadré. Sortir d’un parcours de rue sur un chantier d’insertion, avec Premières Heures en Chantier C’est une assistante sociale qui m’a sortie de la rue. Elle m’a trouvé du travail dès le départ. Mais il s’agissait de ramasser les déchets dans la rue. J’ai dit « sortir de la rue, c’est sortir de la merde, et ramasser les déchets c’est rester dans la rue. » En revanche, je suis resté ouvert à tous les autres emplois et l’assistante sociale m’a trouvé autre chose, à CultiCime. Je n’y croyais pas ! Elle m’a aussi trouvé l’appartement, j’y suis resté. » Michel s’accroche et sait faire fructifier l’aide qui lui est apporté. « Le travail, si je n’aime pas, je le dis, mais je me donne les moyens de faire autre chose. Avec ma RQTH, je ne travaille pas qu’avec mes muscles, mais avec ma tête : on trouve des solutions. » Volontaire, plein d’initiative, Michel a en effet été très motivé pour avancer. Après 11 mois d’accompagnement, il peut envisager l’avenir avec confiance. Pudique sur son parcours avant d’arriver sur CultiCime, il confie tout de même : « j’ai toujours été comme ça, volontaire, à trouver des solutions, mais dans la rue c’était le trou noir. Tu peux compter que sur toi-même. Après, pour donner confiance aux autres pour qu’ils t’aident, il faut se faire confiance à soi-même. J’ai su que je devais repartir en bas de l’échelle, sans lâcher. J’ai eu ce handicap dès mes 9 ans : je me suis toujours dit « faut faire avec, faut en faire une force. Il est là, ça t’empêchera pas de faire comme tout le monde. Et il y a des structures adaptées. » Michel va en effet pouvoir continuer à travailler dans une structure adaptée en quittant le dispositif PHC. « Je dois faire un stage pour postuler sur un poste de travail nouveau : le tri de jouet, chez Emmaüs Coup de Main. J’y suis allé avec l’éducatrice socio-professionnelle de PHC, pour découvrir. Je ne connais pas ce métier, il faut que je me projette. Mais moi j’aime travailler sur le tas, j’adore découvrir. Quand on fait des erreurs, on s’améliore chaque jour. Si j’ai un stage, j’aurai les bases, je ne serai pas pris au dépourvu quand je commencerai à travailler. » Le début d’une seconde vie grâce à PHC pour les personnes en grande exclusion En regardant le parcours de Michel, son enthousiasme et sa motivation, quelques mois après sa sortie de la rue, on pense à une véritable renaissance qu’il a pu réaliser à nos côtés. « Renaissance, ce n’est pas un mot trop fort ! Ce que j’ai vécu avant, à la rue, et dans ma première vie, je le raye, je n’en suis plus là. J’avais peur, je n’étais plus capable de me relever. Aujourd’hui on peut dire que j’ai une seconde vie, comme si l’autre n’avait pas existé. On n’oublie pas, mais on ne vit pas avec. Si on vit avec ces choses-là, on n’avance pas. C’est la main tendue, la confiance qui fait qu’on y arrive. Et je suis toujours étonné d’avoir eu ça. »