Parcours réussi après l’insertion : portrait de Houcène, bientôt jardinier d’art au Centre des monuments nationaux le 7 avril 20267 avril 2026 par Marylene Que se passe-t-il, après des parcours d’insertion, pour les plus de 70% des personnes qui font ce que l’on appelle une « sortie dynamique » ? Un emploi stable, une formation, une carrière et pour beaucoup un véritable épanouissement professionnel – et nous l’espérons personnel – après des moments de vie difficiles. Parmi nos ancien·nes collègues, accompagné·es plusieurs mois par Espaces, nous avons de véritables modèles de réussite, et de grandes fiertés pour l’équipe. Pour autant, c’est leur motivation, leur persévérance et leur talent qui les mènent sur des chemins professionnels parfois inattendus et réjouissants. C’est le cas de Houcène, 47 ans, qui redémarre donc sa carrière au Centre des monuments nationaux, dans l’équipe de jardiniers du Domaine national de Saint-Cloud, partenaire de longue date de notre association. Entré en parcours d’insertion après un coup dur, sur les conseils d’un ami, Houcène a su saisir toutes les opportunités que lui a offert l’ACI* et les collègues qui l’ont accompagné. Sa personnalité dynamique et persévérante ont fait mouche : en 9 mois de parcours il a pu rebondir vers un emploi stable, lui permettant de résoudre ses difficultés personnelles. Une nouvelle vie professionnelle après l’insertion A la sortie d’Espaces, Houcène a même eu le choix entre deux emplois motivants, à la Ville de Paris et au Centre des monuments nationaux au Domaine national de Saint-Cloud. Le cadre enchanteur du lieu, véritable « cocon » pour reprendre les mots de Houcène, et l’intérêt des missions de jardinier, ont orienté sa décision. Du côté du Domaine, son administratrice Mme Florence Barrès nous confie à quel point la dimension humaine est importante dans leur démarche : « Nous sommes un service public, à ce titre, il nous importe de travailler dans l’humain en offrant une place à tous. » Moins d’un an après son arrivée dans l’équipe de jardiniers du Domaine national de Saint-Cloud, Houcène prépare le concours de jardinier d’art, pour entrer dans la fonction publique, affiner ses connaissances et son savoir-faire. Il nous confie sa motivation et apprécie pouvoir compter sur son équipe pour évoluer. « Ici c’est comme une famille, on s’entraide entre collègues, ce sont eux qui m’apprennent tout. Ça me plait. J’arrive en avance le matin, vers 7 heures pour pouvoir réviser avant le travail. Je m’y remets à la pause, et le soir si j’ai un peu de temps avant de rentrer chez moi. » Il faut saluer la volonté de Houcène, sa constance. S’il se démène pour évoluer c’est qu’il a la foi nous avoue –t-il. C’est également car il a connu des emplois et des situations de travail pénibles, et un cruel manque de reconnaissance. « Avant, j’ai fait beaucoup de boulots difficiles, physiquement et humainement, dans le BTP par notamment, et dernièrement j’étais chauffeur-livreur. Tout le temps le nez sur la route, dans les embouteillages. C’est dur et stressant. On ne travaille que pour les pourboires, c’est notre seule motivation et c’est épuisant. En démarrant chez Espaces, je ne connaissais pas les espaces verts, mais je suis débrouillard et de bonne constitution ! » Houcène n’a pas eu d’appréhension en arrivant sur ce chantier mêlant entretien d’espaces verts, boisés et soin des animaux de l’écopâturage. « Je suis touche à tout. Je fonce, car quand il faut y aller, faut y aller ! » La fierté d’apprendre un nouveau métier C’est le travail en binôme avec ses collègues plus expérimenté·es qui lui a mis le pied à l’étrier. « Ce qui motive c’est que le binôme il bosse : on est obligé de suivre. Moi, ça m’a motivé de suite. Je n’avais jamais débroussaillé de ma vie, ni monté des clôtures, j’ai tout appris, avec les règles de sécurité et tout. Ça demande de la rigueur. » Houcène a apprécié qu’on lui fasse confiance, c’est d’ailleurs quelque chose qui compte souvent pour les salarié·es en parcours. La confiance et la transmission qui se jouent avec l’encadrant·e, mais aussi avec les autres salarié·es du chantier. Le métier s’apprend en situation de travail. « L’attention et la rigueur paye vite dans le parcours d’insertion » nous explique Houcène. Après nous avoir parlé de son parcours, et communiqué son enthousiasme, Houcène nous fait visiter un espace du Domaine qu’il apprécie particulièrement : le Jardin du Trocadéro, surplombant la Seine, vue plongeante sur Paris. Il vient d’y planter de magnifiques massifs de fleurs, et on comprend déjà qu’il sera un jardinier d’art hors pair. C’est dans ce lieu enchanteur que, durant son parcours d’insertion, il a réalisé un « stage » PMSMP*, une étape décisive pour Houcène qui prend alors conscience du potentiel de ce métier. « J’ai kiffé le cadre, un lieu magnifique ! Par rapport à ce que je faisais en tant que chauffeur, stressé sur la route toute la journée, là j’avais les mains dans la terre, j’apprenais le travail du sol, les plantes… ça apporte une certaine douceur, c’est agréable. Je pensais à ma famille en faisant ça. On prend soin de quelque chose et on a la fierté du résultat, on profite de sa beauté. Tu plantes : ça fleurit ! » Transmission et bienveillance, clés de la réussite « Et il y a la passion des anciens qui te transmettent leur savoir-faire. Je n’avais vu cette bienveillance. » On comprend qu’au-delà des grandes qualités de Houcène et de tous les efforts qu’il a su déployer à ce moment de sa vie, la bienveillance dans l’accompagnement par les équipes a beaucoup joué dans sa réussite. « Mon parcours est difficile, je viens de banlieue, je connais la discrimination depuis tout petit. On vit avec, on l’affronte, il n’y a pas le choix. » Il semble encore s’étonner qu’on lui ait fait confiance « Quand je suis arrivé ici, je n’avais aucune expérience, je suis black… mais on a cru en moi. Ça donne encore plus envie de tout donner. » Bientôt il y a le concours, j’ai tellement envie de réussir pour ceux et celles qui me font confiance, travaillent avec moi et m’ont fait une place. » Un conseil aux futur·es salarié·es en parcours d’insertion « Tu ne travailles pas pour les autres, mais pour toi. Pas pour l’encadrant, pour toi ! Fais ! Et la reconnaissance arrivera. Le travail ça paye en termes personnels. En plus, il faut faire un bon travail auprès des partenaires d’Espaces pour que l’association continue à vivre. Moi, on m’a ouvert des portes car j’ai bien travaillé. Ça débouche sur des opportunités si on se donne à fond. » Houcène, modèle inspirant de réussite, passera le concours de jardinier d’art au mois de mai 2026, et saura quoiqu’il arrive faire fleurir ce qu’il cultive dans sa vie. * ACI : atelier chantier d’insertion PMSMP : Période de mise en situation en milieu professionnel